Lou Lesage à la Péniche, superbe moment d’un rock de plus en plus affirmé.

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1978

La venue de Lou Lesage, fille de Gil Lesage et Pierre Emery, d’Ultra Orange, constituait l’opportunité de jauger les progrès de la demoiselle, magnétique et incontestablement talentueuse, après une première partie de Cocoon à l’Aéronef, en février dernier. Lou apparaissant cette fois dans le cadre du festival Les paradis artificiels et succédant à Oh La La! qui avait investi les lieux la veille.

Une fois la salle délaissée par l’équipe Givenchy alors en réunion de travail (merci au passage pour les excellents petits-fours et autres amuse-gueule), et le temps de croiser Pierre et le bassiste de Lou pour une brève discussion, le set et débute et met en valeur le duo père-fille sur trois morceaux acoustiques, dont le superbe Forgotten child, destinés au futur album du premier nommé. Dans cette formule, la sauce prend aussi et on constate que Lou, bien que dotée d’une certaine retenue, s’affirme et envoûte, tant vocalement que dans l’attitude adoptée. Ca peut-être beau, quelqu’un qui se cherche, ne triche pas et chemine avec le plus grand naturel, guidé par l’envie, la passion et le plaisir de s’adonner, avec brio, à une passion, et c’est le cas de Lou, remarquablement épaulée par un “pater” dont le don d’écriture et de composition n’a aucunement faibli.

Passé cette belle entrée en matière, le quatuor nous fait la surprise de plusieurs nouveaux morceaux, souvent rugueux, jalonnés par les titres du EP. A commencer par l’excellent Private life, introduction idéale faite d’une pop à la fois polie et acidulée, que suivront bien sur Dirty looks, imparable et fédérateur de par ses paroles, sur lequel les simples “hin-hin-hin” de Lou, alliés à un rock soutenu, font mouche, puis le plus leste Never can wait, tout aussi probant, qui m’évoque les Breeders dans leur versant modéré. On recourt souvent à une rencontre entre Cat Power et les Kills pour décrire la jeune femme, mais le rapprochement me parait, s’il est juste, réducteur au vu de l’étendue de ses possibilités, et celle-ci nous gratifie en tout cas d’un parfait temps fort, délibérément rock, étayé par de nouvelles compos qui laissent augurer du meilleur, dont ce Under my bed griffu, et incluent une reprise du génial Rip her to shreds de Blondie. Une Debbie Harry “naissante”, voilà d’ailleurs ce à quoi renvoie Lou Lesage et si le chemin est encore long, il est bien évident qu’elle se trouve sur la bonne voie , la bonne voix aussi, et sur les bons rails; ceux de la construction, patiente et réfléchie, d’une identité déjà indéniablement accrocheuse.

 Le panel s’élargit, entre pop atmosphérique et rock bourru en passant par des travaux intermédiaires, et cette artiste plurielle dans ses intérêts (rappelons qu’elle officie aussi dans la mode et le cinéma) s’inscrit dans la catégorie de celles qui, sincères et à l’écoute, bien “coachées”, sont de nature à réussir tout ce qu’elles entreprennent. Avec, au passage, des effluves rock 90’s appréciables, doublées bien sur d’ambiances 60’s et 70’s inhérentes à Ultra Orange. Les goûts initiaux de Lou sont en passe d’être assimilés, et en tout cas bien réinvestis, pour l’heure, dans le cadre scénique, les poses rock de son père ajoutant à l’intérêt que suscitent ses prestations entre sensualité et posture plus “canaille”.

Lou étant de surcroît une personne attachante, lucide et d’une grande intelligence, qui a de qui tenir, comme il a déjà été dit, il va sans dire que ce concert la dévoile en net progrès et confirme brillamment les aptitudes, conséquentes, qui émanent de sa personne. Avec, dans cette optique, un groupe lui aussi fiable et un encadrement qu’on imagine aisément avisé, passionné, doté de l’expérience et du vécu nécessaires et bien évidemment soucieux d’assurer une descendance musicale de choix.

Avec cette dernière, en tous les cas, le projet est amplement justifié, bien mené, et on suivra son avancée avec la plus grande attention, avec la perspective de vivre des moments humains et musicaux de la teneur de celui offert dans la jolie Péniche lilloise.

Photos William Dumont/Olivier Chatelain.