Cheveu – 1000

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Si vous cherchiez votre « album cinq étoiles » de l’année, cessez toute recherche; David Lemoine et ses deux géniaux dérangés l’ont pondu, à grand coups de déviances sonores et d’investigations stylistiques aussi instinctives que réfléchies.

Ce 1000 est en effet un monument de rock foutraque jouissif de A à Z, des cordes merveilleuses (No birds) s’invitant même aux réjouissances pour étoffer superbement un morceau expérimentalement orchestral aussi réussi que le reste, à la fin sombre et grinçante furieusement appréciable.

Avant cela, Quattro stagioni et son chant obsédant, sur fond de guitares à peine accordées, ornées par des synthés malins, et le saccadé Charlie Sheen, traversé par des excès épris de folie, auront rendu l’entrée en matière impeccable, et le festival se poursuit sur le reste, à commencer par l’electro-punk braillard d’Impossible is not french et ses grattes à la Sonic Youth.

Etienne Nicolas et Olivier Demeaux ne sont pas en reste, loin s’en faut, et étoffent, dans de joyeuses bifurcations, les chemins de traverse pris par David, lequel s’essaye même avec succès à un chant rap sur Sensual drug abuse, qu’un Dälek aurait de toute évidence approuvé.
Tout est ici au top et le fonceur Show se met à son tour en évidence, orné d’une partie de six-cordes bluesy/rock’n’roll du plus bel effet, avant que l’ironique Ice ice baby n’impose sa trame d’abord déjantée puis plus ludique, avec en sa fin des plages bluesy savamment exécutées. Cheveu possède son style, unique, et Push push in the bush bush se hisse au niveau de 69, le duo formé par Armand Gonzales et Virginie Peitavi, dans une trame növo aux choeurs marquants, Like a dear in the headlights imposant ensuite son énergie débridée couplée à des élans mesurés.

Aucune faiblesse n’est à déplorer, The return game permettant au trio d’atteindre la dizaine d’essais sur une note tout aussi élevée, à renfort d’accords de guitare démentiels. Et le trio de fin, avec dans un premier temps La fin au début et ses séquences electro virant à l’embardée punk-indus, son chant une fois encore singulier, puis My first song et ses airs rock’n’roll matinés d’orgue, parfont cette oeuvre de très haut niveau, jamais conventionnelle.

Bonne nuit chéri et ses prétentions psyché étayés par de légers penchants orientaux mettant fin de superbe façon, en alternant les ambiances et les phrasés avec classe et brio. Le résultat, ce 1000 bigarré, hautement imaginatif et haut en couleurs, venant directement renverser toute production hexagonale du moment.