Sonic Youth – Simon Werner a disparu (B.O.)

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Le groupe de Thurston Moore et Kim Gordon s’était déjà essayé à l’exercice BO, avec succès, sur le Demonlover d’Olivier Assayas, et récidive pour ce film signé Fabrice Gobert. Il confirme donc d’une part son penchant pour la France et son  univers artistique, et d’autre part son goût pour les expériences inédites, basées sur l’expérimentation et une liberté de ton jamais prise en défaut.

C’est d’ailleurs ce côté expérimental qui domine sur les douze titres de la B.O., qui trouvent leur équilibre entre ambiances sombres nées du early Sonic (Thème de Jérémie), captivantes, et plages plus claires et alertes comme Alice et Simon, dotées d’accalmies nous renvoyant de façon directe aux bijoux de leur début de carrière tels Evol ou Bad moon rising.

On trouve aussi des essais ambient réussis (Les anges au piano), et les légendaires fulgurances guitaristiques de la paire Moore-Ranaldo (Chez Yves (Alice et Clara)) qu’étaye parfaitement la section rythmique Shelley-Gordon. Avec, comme de coutume, ces breaks tourmentés dont Sonic Youth a le secret, et pour compléter le tout, un mid-tempo savoureux, crépusculaire (Jean-Baptiste à la fenêtre) qui nous montre que les Américains ont parfaitement su s’approprier les instants marquants du film, parfaitement mis en son.
La face A s’achève en outre sur sur un titre de haute volée, (Thème de Laetitia) scindé en deux parties; l’une stridente, l’autre plus “lumineuse”, ceci avec le plus grand naturel tant les icônes New-Yorkaises maitrisent leur sujet et la juxtaposition de climats divers et complémentaires.

La face B offre la même qualité, débutant sur un morceau presque serein, Escapades, majestueux bien qu’un peu uniforme, que suit La cabane au zodiac, lui aussi clair et constituant la preuve tangible de la facilité qu’ont les vétérans du rock noisy à élaborer des atmosphères uniques, passionnantes et jamais conventionnelles.

Ce début de face B s’inscrit d’ailleurs dans une veine plus lancinante et Dans les bois/M. Rabier le confirme, mais en imposant des élans bruitistes de bon aloi, avant que le tempo ne prenne de la vitesse, Sonic Youth accouchant par ce biais d’un titre “maison” lui aussi parfait. Le côté aventureux, bien dosé, ne dénature aucunement le rendu, dont l’absence de chant ne se fait jamais ressentir, et le quartet offre un produit majeur, dont le contenu aurait fait un nouvel opus de taille et étoffe superbement une discographie sans failles. Même la courte pièce jouée au piano par Lee (ou Thurston?), Jean-Baptiste et Laetitia, s’avère intéressante bien que trop brève pour marquer les esprits, Thème de Simon et son intense retenue corrigeant en suite cela avec brio.
Au café, ultime essai de la B.O., instaurant l’instant d’après sa trame noisy à la fois pure et gentiment souillée, il apparait comme une évidence que les Américains se sont à nouveau fendus d’une oeuvre de tout premier ordre….qui nous réserve même, comble de la splendeur, un “bonus track” ahurissant, de plus de treize minutes, entre quiétude troublée et fulgurances sonores délectables, qui se hisse au niveau d’un Diamond sea et fait de cette bande originale un must absolu.