Tokyo Sex Destruction (+Little Dead Cats et Bloodshot Bill), une déferlante rock’n’soul mémorable.

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Salle hautement recommandable s’il en est, la Grange à Musique creilloise proposait en ce soir de janvier une affiche plus qu’alléchante, pour un prix dérisoire, et dont le déroulement, c’est dire sa qualité et son intensité, m’a infligé une “raclée” digne de la prestation de Boogers à l’Ouvre-Boite de Beauvais en novembre dernier. Avec le même effet sur le public de ce vendredi, encore trop épars au vu de la valeur des groupes mis en scène, mais déchainé et entièrement conquis, à l’issue de la soirée et du set incandescent de la clique espagnole nommée Tokyo Sex Destruction.


Little Dead Cats


Ingénieuse, la Grange a d’ailleurs eu l’excellente idée de faire dans le régional en ouverture, en invitant les excellents Little Dead Cats, d’autant plus estimables qu’il s’agissait là de leur retour sur les planches, dont ils s’acquittèrent avec brio et intensité, en jouant un rock’n’roll fiévreux, de choix, dans une formule trio qui leur sied à ravir. Avec, en plus d’un répertoire sans écueils, une diversité bienvenue, entre intensité rock non retenue et sensibilité pop noyée dans le flux d’une instrumentation tendue et subtile à la fois (The mambo cemetary dead band).
Si on y adjoint les ruades punk-rock telle celle d’Elephant Rhapsody, des nuances bluesy attrayantes (Iron spiders from outerspace) et un titre un Français tout aussi cohérent que les compos chantées en Anglais, ainsi qu’une belle maitrise individuelle, on obtient une parfaite mise en bouche pour la suite des évènements, porteuse, aussi, de mid-tempi appréciables qui, tout en élargissant le panel des Little Dead Cats, en confirment de façon définitive la mainmise sur ce registre dont on espère qu’il sera, à l’avenir, défendu de façon régulière et aussi probante dans les conditions du live.

Little Dead Cats


Après ce concert sans défauts, l’imposant Bloodshot Bill, vêtu de ce qui semble être un pyjama, pieds nus, s’installe derrière son kit, guitare en main, et réitère, de façon plus directe et moins hachée, la prestation mémorable entendue, il y a quelques mois, dans entre les murs d’une sale isarienne dont je vous vante les “vertus” en début d’article.


Bloodshot Bill


A l’image d’un Elvis définitivement et irrémédiablement  encanaillé, aussi  jouissivement primaire que classieux, le Canadien aussi talentueux que communicatif, à la voix démoniaque, nous a lui aussi gratifiés d’une apparition dont le souvenir n’est pas prêt de s’effacer, d’autant plus marquante qu’il officie seul et impose un ensemble aux délicieuses effluves rétro, bluesy, rock’n’roll et sans temps morts, auquel on ne peut résister. D’une originalité, de surcroît, forcément approuvée, et bien équilibré entre galops rock/rockabilly incoercibles et plages plus blues, finement pensées, le bonhomme a donc déclenché un bel enthousiasme dans la foule, faisant monter la pression d’un cran tout en amenant un plus non négligeable, tant dans la formule que dans le style pratiqué, à un évènement incontournable, et une énergie de nature à dérider le plus réfractaire des spectateurs
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Bloodshot Bill


S
uperbe prestation donc, “wild” et énergisante, sans se départir d’une jolie sensibilité, de Bloodshot Bill, avant les Ibères de Tokyo Sex destruction.

Bloodshot Bill


 Et là, ces derniers, au bout d’une attente que nous commencions à trouver longue tant nous savons les gars de Vilanova capables du meilleur, ont d’entrée de jeu développé une trame psyché spatiale et percutante, noisy aussi, pour ensuite enchainer de façon étourdissante, entre coups de boutoir rock’n soul (Dope and love), plages funky dansantes, explosives animées par, entre autres, un orgue de folie et des guitares aussi réjouissantes qu’impulsives (It was in 1969), et psychédélisme haut perché (Let me down), très sonique et hautement inventif. Le tout sous le sceau d’une vigueur démentielle et d’un savoir-faire scénique et musical renversant. Directs ou plus nuancés, les Espagnols se sont hissés, en termes de prestation live et sur le plan discographique également (un excellent Neighbourhood sorti fin 2010 sur Pyromane Records, le label de Patrick “Tad” Foulhoux), à un niveau exceptionnel, devenant, le concert de ce 21 janvier en apportant l’indéniable preuve, une référence rock-soul qu’il est désormais impossible d’ignorer.

Tokyo Sex Destruction


On ajoutera à cela un sens du show impressionnant, traduit par un jeu de scène mouvementé dont le point d’orgue fut la descente au sein du public de ce chanteur-clavier à l’image de son groupe: captivant et impressionnant, musicalement irréprochable et se situant à des lieues de l’attitude convenue de certains. Spontané, sauvage et inspiré dans son jeu et sa composition, dans sa capacité à mêler les genres et les rendre complémentaires, Tokyo Sex Destruction a offert aux Picards présents dans la G.A.M. un moment privilégié, de ceux dont on gardera le souvenir en tête sur une durée conséquente et qui incitent non seulement à se replonger dans une discographie exempte de faux-pas, mais aussi à revoir au plus vite ce quartet exceptionnel.

Tokyo Sex Destruction


Une soirée ébouriffante donc, variée et cohérente, offerte par l’antre creilloise et son équipe, et dont la teneur risque fort de laisser des traces indélébiles dans l’esprit de l’assistance du jour.

Tokyo Sex Destruction

Photos Lucile Emma.