Interview de Make The Girl Dance

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C’est près de la Gare St Jean, dans leur hôtel, que nous rencontrons Pierre Mathieu et Greg Kozo, les deux DJs de Make The Girl Dance, le groupe qui a notamment buzzé avec son titre « Baby » dont le clip a fait beaucoup parler de lui.
Le groupe est venu jouer à La Plage, un club de Bordeaux, pour la lutte contre le sida, le 1er Décembre dernier.
Rencontre avec les deux agités et très sympathiques musiciens.
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Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ? Qui êtes-vous et comment vous-êtes vous rencontrés ?

Pierre Mathieu : Je suis Pierre, nous sommes Make The Girl Dance (prononcé à l’accent américain) c’est bizarre on n’arrive pas à le dire normalement. Make The Girl Dance ? (accent français). Ouais, voilà.

Greg Kozo : On s’est rencontrés dans un petit club, tout près d’un club échangiste très renommé, juste à côté donc.

Pierre Mathieu : Et je passais des disques, dans cette soirée, en tant que DJ Selector, et lui derrière jouait de la musique électronique, on a bien rigolé et 6 mois après je lui ai dit que j’aimerai bien faire un morceau pour voir, je savais pas quoi exactement, et il m’a dit de venir dans son studio, on a fait un morceau à 4 mains, il était bien, puis on en a fait un autre et un autre et puis un an après on a fait Baby, puis le clip et à partir de là c’est devenu un groupe.

Comment avez-vous découvert l’électro tous les deux ?

PM : Moi, c’était au Cap d’Agde, par là on va dire, c’était les débuts de la musique qu’on appelait l’Acid, tu sais ? « Down to the beat, down to the beat » (ils miment des mouvements robotiques) et je me suis dit « c’est quoi cette musique chiante » mais je trouvais ça chouette, puis il y a eu la grande époque de la House, et j’ai commencé à sortir en club donc au Cap d’Agde, et je me suis dit « je vais être DJ » donc j’ai acheté des vinyles et une platine et j’ai joué l’été dans un bar à Biarritz !

GK : Ha! Ha! J’ai une image qui me vient là !

PM : Non mais c’est vrai ! Bref et là j’ai découvert l’électro. Pas avant tout le monde, hein, j’étais pas avant-gardiste.

GK : Alors, moi, c’est qu’à la base je faisais du rock, je kiffais l’énergie que je jouais dans ce truc là mais ça manquait un peu de smile et de truc comme ça et un pote m’a dit de venir voir une soirée, à l’époque c’était pas de l’électro effectivement, c’était plus de la House mais y’avait un son garage à l’époque et j’ai vu des gens qui dansaient sur un son qui poussait grave et des gens qui souriaient, des filles jolies, et surtout des gens qui avaient des relations sexuelles dans les toilettes et je me suis dit « c’est ça que je veux faire ! »
Mais par contre, à l’origine j’étais plus sur des musiques électroniques à la Warp, pas le label hein.

Comment vous y prenez-vous pour composer et écrire ensemble ?

PM : On aime à penser que comme il est musicien et moi non, à la base du projet, on aime partir de vrais instruments donc un riff de guitare ou de basse, je lui dis « enlève une note », bon à force j’ai su que c’était un « mi » souvent, et à deux, moi avec mon oreille et lui avec ses mains, on avance sur un riff et on plaque des beats, des machins, des synthés, je suis capable de faire ça sur un synthé aussi donc on compose un peu tous les deux mais essentiellement il avance sur des pistes et moi j’aiguille en fonction de mes goûts aussi.

KG : Après il n’y a pas de formule toute faite. Il m’arrive de faire 20 trucs qu’il trie et parfois, pour se marrer, je commence à faire un beat, il se met au clavier et ça fait un morceau.

GK : Après je le connais donc on arrive à s’entendre, on est complémentaires, il sait faire des choses que je suis incapable de faire, il sent la structure et il arrive à aller à l’essentiel, chose que je ne sais pas du tout faire en musique. D’ailleurs on m’a dit « si t’écrivais tout seul ça ne ressemblerait jamais à ça ».

PM : Ouais, même après tout ce temps, moi tout seul je suis incapable, lui, il pourrait faire des trucs sans moi, mais y’a que quand on est tous les deux qu’on arrive à faire le son Make The Girl Dance.

On connait tous le clip Baby, tout le monde en a parlé, est-ce qu’il reste quelque chose d’autre à dire à ce sujet ?

PM : Rien !

GK : Si, y’a une question qu’on s’est posé quand même, comment ça se fait qu’avec tous ces mecs qui ont filmé dans la rue, y’en n’ait pas un qui ait balancé deux images des filles à poil !

PM : Et y’a un secret qui ne concerne pas le clip mais le cd, qu’on a jamais dit, et ce sera pour vous les mecs !
C’est la premiere fois : la veille de sortir le cd on avait prévu la pochette mais pas la rondelle, vous savez le graphisme qu’on met sur le cd.
Donc on se retrouve la veille dans le rush total, il nous la faut ce soir minuit, qu’est ce qu’on fout sur cette putain de rondelle, et nous la rondelle « ah ah ah la rondelle » … On a commencé à chercher des photos d’anus sur internet, on s’est dit que ce serait drôle que notre rondelle soit réellement une rondelle.
Ce qui n’était pas très intelligent mais qui nous a fait beaucoup rire ! On a trouvé une photo à dégueuler et on l’a grossie pour pixéliser à mort, griser et poser par dessus un joli graphisme, mais si tu regarde bien le cd, c’est gris avec marqué « baby baby baby », tu vois que le fond rappelle des grains de peau.

GK : Et les 17 000 personnes qui ont acheté ce cd …

PM : … Elles ont acheté un trou du cul !

GK : Ca on l’avait jamais dit ! C’est pas très chic mais bon.

PM : On était jeunes

Depuis le buzz de Baby, vous avez tourné en Europe, en Asie, en Amérique, quels sont vos meilleurs souvenirs ?

PM : L’Asie !

GK : L’Asie c’est le paysage !

PM : En fait y’a deux gros souvenirs, y’a en Corée du Sud car on est distribué au Japon, un mec qui est fan de nous et qui a une grosse boite là bas, on est arrivé dans un club qui était noir de monde comme jamais y’avait eu, et les gens nous attendaient comme si on était les Rolling Stones.

GK : Là-bas, la différence avec ici c’est quand ils font ta promo, ils te mettent pas juste un flyer, t’as des photos de toi de deux mètres dans la rue, dans les magazines t’as pas un encart, t’as 4 pages !

PM : Et puis aux Etats-Unis, bon c’est le rêve américain, ils sont pas vraiment très en avance en musique électronique. Ils sont un peu bloqués sur la mode Ibiza, mais ça a été une tournée super, comme à Austin, Texas, sur un festival de Rock sur lequel on n’avait rien à faire mais c’était chouette.
Et surtout on est arrivé à New York, on a joué au Webster Hall qui est une salle magnifique, on a joué dans une petite salle en bas, personne ne nous attendait et tous les gens qui passaient s’arrêtaient.
On a fini avec des gens qui montaient sur scène et devenaient hystéro et là tu peux te dire que t’as fait ça dans ta vie, c’est chouette.

GK : Après y’a des trucs fous quand t’arrives à Moscou, ou Helsinki !

Et les publics sont différents ?

GK : Super différents !

PM : Ouais super différents, en Espagne c’est très chiant à jouer car il faut jouer à 4h du mat’ et ils sont un peu mous et décalés, au Razzmattazz à Barcelone qui pourtant est un endroit rêvé … mais c’était un peu mou, sinon en Allemagne c’est extraordinaire, la Suisse c’est fou, l’Angleterre chiant à crever, deux fois on a joué, les gens détestaient, on est trop en retard ils sont déjà passé à autre chose eux.
Et en Asie on est reparti jouer à Singapour, c’est hystérique là bas.
Même les villes en France, Paris ça peut être super bien comme pas du tout, il faut avoir un plateau, sinon seul ça n’en vaut pas la peine. Bordeaux, c’était fou la dernière fois, on n’a jamais joué à Lille, à Marseille on a joué une fois c’était une catastrophe, y’a une centaine de personnes qui est venu péniblement.
Lyon c’est à chaque fois fou !

GK : Lyon, moi c’est la première fois où ça m’a fait mal au ventre, on a du rouvrir une deuxième entrée t’avais 100 mètres de queue sur les deux entrées c’était très impressionnant.
Après t’as des endroits mythiques pour les DJ, à Aix en Provence, autant pour la musique que pour les à côté, c’est à dire euh … la culture, l’agriculture et aussi … C’est incroyable !

PM : Ha! Ha! Non ! Non ! L’agriculture, ouais voilà !

Quels sont les projets du groupe ?

GK : Là, le prochain truc c’est un remix des Cyberpunkers et en février un 4ème single avec un clip qui pour une fois ne sera pas réalisé par nous, ça va être orienté un peu différemment.

PM : On travaille sur un track différent, les deux premiers étaient assez pop, le troisième plus dur en montrant que ce qu’on fait en club c’est plus dur que ça. Là, on repart sur un truc un peu pop, on a écrit 80% du track, on a trouvé le featuring et on a déjà écrit un vieux morceau qu’on avait fait qui était très cool et que je trouve magnifique, qui est un peu dans l’esprit « phoenixien » même si c’est pas du tout dans ce niveau, et je trouve ça bien Phoenix, aérien, pour l’été, dans cet esprit-là, léger. Et on en a deux ou trois dans les starting blocks.
Aussi, on travaille sur un morceau qui est un mélange de rockabilly et d’électro, avec un anglais qui est un génie de la guitare, Little Barrie, qui a fait un morceau de fou, et on travaille en parallèle sur ces trois morceaux qui vont sortir en cascade

Vous avez travaillé sur le titre Wall Of Death avec Solange La Frange, pourquoi Solange La Frange ?

PM : c’est une rencontre extraordinaire

KG : On l’a rencontrée en jouant en Suisse dans un petit bled, et moi, j’adore les filles tatouées, sa personnalité m’a impressionnée, on a écouté ce qu’elle faisait, et en plus d’aimer ce qu’elle fait c’est devenu une super amie.

PM : Elle jouait à deux en DJ Set avec son groupe, c’est une artiste folle en plus, une vraie punk, elle s’envoie de la vodka sur la tronche, et la nana est un amour.
On a tout de suite accroché, et pour moi, son groupe c’est le Gossip à venir, genre Gossip ou Ting Tings, elle a un talent fou, du coup on est resté avec elle, on a joué sur des dates à elle, elle a sorti son album en Suisse qui doit sortir là en France, et c’est fou, donc on lui a dit de venir faire une voix sur un track.

En ce moment, quels sont vos coup de coeur musicaux ?

PM : Alors, moi j’écoute beaucoup de vieux trucs je suis toujours à la ramasse, je suis pas très nouveautés.
Dans ce qu’on joue je suis ultra fan de « Gare du Nord » d’un groupe qui s’appelle Carte Blanche, donc c’est DJ Medhi et Riton qui ont fait un morceau que je trouve hyper avant gardiste et donne envie de danser.
Sinon j’écoute plutôt de la musique très triste, style Sufjan Stevens, Elliott Smith, Bon Iver, de la folk.
Je trouve que depuis Bon Iver, j’ai pas pris de claque et ça me manque, du coup je demande à des gens de me faire écouter des trucs

GK : Ouais moi pareil, je suis désolé ! Non mais j’attends juste le prochain Summer Collective, le dernier est extraordinaire, mais tellement vieux, mais le prochain je l’attends ce sera très bientôt, mais c’est le seul truc qui aujourd’hui me plait énormément.

PM : Et Solange la Frange.

GK : Sinon, c’est pas un coup de coeur mais je trouve ça très joli, c’est Brigitte, qui font un super bon disque

Vous jouez ce soir au profit de l’association « Ensemble Contre Le Sida », c’est quelque chose d’important pour vous ?

PM : Le Sida ? Ha! Ha. Non ! Ouais c’est important pour nous, je suis né avec quoi.

GK : Ahahaha!

PM : Belle blague ! Non, j’ai connu le début je veux dire, pendant deux ou trois ans, ça me concernait pas mais ensuite j’ai appris à me protéger, et j’ai connu la peur de ça.
Aujourd’hui, j’aurais toujours ce réflexe-là de me protéger, et j’ai l’impression que pour les jeunes maintenant, vivre avec la trithérapie, ça a l’air pas très chiant comme ça, et donc y’a un espèce de relâchement, certains pensent que y’a des médicaments. C’est des conneries, il faut se dire que la trouille d’aller faire le test parce que t’as déconné, j’espère que ça vous arrivera jamais, mais c’est vraiment flippant.
Même si la nana a l’air mimi et jolie, on croit toujours que c’est à la tête du client. Ben non, c’est pas le cliché d’une toxico qui s’enfonce des trucs dans le bras, alors c’est important de mettre une capote.

GK : Moi je suis d’accord avec lui.

PM : Hahaha! Et donc je voudrais citer l’association qui organise la soirée ce soir, ils sont très sympa, c’est une asso gays et lesbiens , ils s’appellent Prem’se et ils militent pour cette noble cause.

Le mot de la fin ?

GK : Faites attention, les jeunes !

PM : (à Clara) Est ce que t’as un préservatif, toi ? Non, mais pas pour moi. Haha. Il faudrait que t’en aies un. Greg va t’en donner un.

GK : Non, je n’en ai pas…

PM : Mais sinon on espère qu’il y aura du monde mais on reviendra car on a appris que le 4 Sans fermera cet été, donc on mettra une « segonda coucha », comme y’a un délai on verra, on vous dira !

Merci beaucoup !

Eux : Merci à vous !

Clara et Sylvain