Heligoland – All your ships are white

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Groupe franco-australien ayant, en 2007, quitté Melbourne pour Paris, Heligoland met tous les atouts de son côté pour ce troisième album, l’ex Cocteau Twins Robin Guthrie, ni plus ni moins, s’en voyant confier la production.

Il en résulte un superbe ouvrage, posé et élégant, finement ciselé dans une dream-pop délicate que la voix de Karen Vogt magnifie au détour de chaque morceau, et huit titres portant les traces, comme le dit à juste titre le dossier de presse, de la grâce engendrée par Mazzy Star ou les Sundays, porteurs d’un climat unique, enivrant, qui fait la force de cet opus à l’instrumentation aussi feutrée que faussement tranquille (le superbe Kiss kiss bang bang en ouverture).

Une forme de psychédélisme lancinant, retenu, ressort de ces compositions singulières, célestes et empreintes d’une douceur pop (The light inside qui vient confirmer le haut niveau de l’entrée en matière) qui fait de All your ships are white un must lié à la mouvance…dream-pop, dirai-je à défaut de pouvoir catégoriser de façon précise l’univers d’Heligoland, que Mapping your desires embellit à son tour en mettant toutefois en exergue le “défaut”, si l’on peut dire, de l’album: cette orientation légèrement linéaire, c’est incontestable, mais tellement maitrisée, tellement enjôleuse et enchanteresse qu’on oublie vite ce petit “hic” pour s’imprégner des sonorités de A year without sunlight qui monte lentement en “vigueur” sans exploser, mais en imposant une dernière minute plus vive de bon aloi.

Nous en sommes alors à mi-chemin et Nearness, au format plus court et doté de petits bruits de fond bien trouvés, prolonge la magie, imité en cela par Your longest breath, plus vif, plus ample. Les guitares de Dave Olliffe, la section rythmique formée de Steve Wheeler (basse) et la désormais connue France Cartigny (batterie), les claviers de Ash Brideson et les interventions de Mister Guthrie lui-même (bass VI, claviers) s’assemblent pour élaborer un ornement sonore chatoyant, sobre et épuré, chacun maitrisant sa partie à merveille comme sur le shoegaze sage et presque inerte de All your ships are white.
Puis c’est Corazon, plus trouble mais qui ne se départit jamais de cette beauté saisissante, aux envolées énervées bien amenées, qui met fin avec caractère à ce disque merveilleux, prenant et unique en son genre.

Une bien belle sortie donc, à porter au crédit des parisiens, qui asseyent par ce biais une identité désormais entièrement reconnue et entérinée.