Dirge – Where (no one has a name)

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Quatuor rouennais, Dirge s’est formé en 2001 autour d’intervenants de provenances diverses, et a depuis sorti trois albums, fruits d’une cohésion dont l’importance débouche sur de superbes chansons, souvent mélancoliques et s’appuyant sur une trame pop ou post-rock au sein de laquelle le rock (un excellent 8 AD) n’a pas dit son dernier mot.

Le magnifique Rebecca sorti en 2007 trouve ici son parfait prolongement, Dirge se permettant de briller d’emblée, et sur la durée, le temps d’un Love/song à l’intro menaçante qui laisse ensuite place au climat feutré, délicat, basé sur la voix de Yann Lafosse et une instrumentation douce ou légèrement tendue, qui en certaines occasions monte lentement en intensité. Ce qui est d’ailleurs le cas de ce morceau inaugural enjolivé par des trompettes elles aussi décisives.

Le violoncelle de Mirjam Tautz est lui aussi d’un apport certain, et donne son cachet à l’univers du groupe, qui signe avec Where (no one has a name) une oeuvre aboutie, dont l’allégorie ainsi mise en son (You run et sa partie de violoncelle obsédante, suivie de guitares mordantes et plombées) place ladite formation dans la catégorie des combos (bien) trop peu connus, en un temps où nous plébiscitons des groupes infiniment moins méritoires. La teneur du propos fait donc la différence, à l’image de My brand new heart qui suit, et Dirge a de plus l’intelligence, en plus d’avoir trouvé et affiné un style qui lui appartient, d’en varier les atours tout en en respectant le format de départ. L’accroche née de ses climats lancinants (19 whispers) est conséquente, et on appréciera tout autant les élans pop-rock décelables sur ce nouvel album (She said).

Le groupe atteint des sommets de grâce dès lors qu’il restreint le tempo à une certaine lenteur qui prend ensuite de la vitesse (We will find our way, c’est déjà fait et bien fait, sachez-le) tout en s’acoquinant avec une vêture noisy des plus appréciables, et continue à convaincre sur des formats allongés (My new ennemy), en élaborant des atmosphères faussement tranquilles où alternent quiétude et moments d’extase sonore. Ce titre dévoile d’ailleurs le mémorable “You motherfucker, I hate you, I hate you” crié par Yann et qui, au festival de la Grande Marmite tenu à Eu en 2007, avait ébahi un public charmé par la musique de Dirge, et s’achève dans une tourmente rock elle aussi fortement marquante.

Enfin, c’est Untitled 2, très post comme Untitled 1, mais trop court pour laisser une trace notable, qui met fin à Where (no one has a name), disque splendide dont le contenu nous fait espérer que cette fois, Dirge attendra moins longtemps avant de nous gratifier de son nouvel essai.