Yann Tiersen – Dust lane

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On, ou plutôt je n’osais y croire, à ces annonces d’un album rock, qui pourtant n’auraient du surprendre quand on sait que le Breton a oeuvré avec Bästard, redoutable machine de guerre noise, ou Shannon Wright, fleuron de chez Vicious Circle. Et pourtant…

Il est bel et bien là, cet album, rugueux et racé, pétri d’une classe insondable et enfanté par une équipe inédite. Tiersen s’est en effet entouré d’intervenants dont la présence transcende son répertoire, tels Matt Elliott, Dave Collingwood (Gravenhurst), Laetitia Sheriff ou Josh T.Pearson (Lift To Experience) ou encore Syd Matters, qui outre la brillance de ce nouvel opus, lui ont permis d’en diversifier le propos.C’est même quasiment en territoire dream-pop, sur Amy, que le brestois amorce ce passionnant revirement, dans une sorte de shoegaze aux voix entremêlées et retenu du point de vue sonique. On touche aussi, sur ce morceau d’ouverture, à la perfection et l’intensité des morceaux d’Arcade Fire ou, sur un plan plus local, The Bewitched Hands, et des tonalités plus enfantines, discrètes, enjolivent ce morceau de caractère.
C’est ensuite un Dust lane à la voix féminine distante et intrigante, sur un enrobage sonore distingué mais tourmenté, qu’on sent au bord de l’implosion et qui, effectivement, monte lentement en intensité et accélère le tempo sous l’impulsion d’une batterie toute en roulements, qui nous met les sens en éveil et offre une dernière minute fougueuse, animée par des motifs sonores récurrents sur l’album et dont la texture rappellerait presque ceux qui balisent les titres du Loveless de My Bloody Valentine.

Le Breton use toujours de son instrumentation décalée; c’est ainsi que l’accordéon orne le début de Dark stuff, avant que des guitares noisy le relaient, contribuant à un espace sonore à la fois flou et serein, clair et déviant, qu’un chant songeur surplombe avec maestria. Un break décoré par ces souillures noisy s’impose, puis c’est une envolée très spatiale, façon Pink Floyd sans l’ennui que ces derniers ont pu générer en certaines occasions, qui clôt ce morceau à renfort de cordes avenantes.

Arrive ensuite Palestine, écrit suite à un voyage à Gaza, percutant et lui aussi doté de cette voix captivante, en arrière-plan et pourtant d’une présence impressionnante. La rudesse de l’instrumentation est ici -à peine- freinée par des cordes remarquables, aux sons à nouveau réminiscents du fabuleux Loveless, et un sentiment d’apocalypse semblable à celui que Tiersen a pu ressentir lors de ce périple se dégage de ce morceau.
Longues, les pièces de Dust lane envoûtent de façon irrémédiable, et Chapter 19, légèrement plus posé, moins turbulent, réitère une dream-pop cinglée par une batterie assénée, les violons y allant de leur décisive intervention en support de voix toujours à la limite du “off”, terriblement attractives.

Etourdissant, le disque offre, l’instant suivant, Ashes et une dualité piano-sons vrillés à laquelle succèdent une acoustique intense et des voix cette fois au premier plan, dont l’association fait de nouveau merveille. L’inspiration est à son comble, les collaborations réussies au delà des espérances initiales, et Till the end prolonge la magie en alliant bribes noisy et clarté acoustique, le tout sous couvert d’une trame ténébreuse et lancinante, rêveuse, de superbe constitution. L’emportement sonore et rythmique, rageur et très dreamy-shoegaze qui le caractérise laissant place pour le final aux cordes, vives et obsédantes.

Il incombe alors à Fuck me, à l’organe vocal féminin enjôleur, de mettre fin au flamboyant Dust lane, ce qu’il fait sur un tempo soutenu et en offrant deux chants magiques et une fin presque indus, ou plans noisy et élans plus “purs” bataillent pour engendrer, au final, un rendu merveilleux, à l’image de ces huit titres tutoyant la perfection et de cet album parfait en tous points et, qui plus est, surprenant et novateur.