That Summer – Near miss

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C’est sur l’excellent label bordelais Talitres (Rubik, Scary Mansion, (Swell), Kim Novak, Tunng et The Wedding Present, pour résumer…) que sort ce superbe album de That Summer, formation parisienne à l’origine de laquelle se trouve David Sanson, auteur de plusieurs ouvrages discographiques des plus intéressants depuis le début de ses travaux, dans les late 90’s. Et si son appartenance à Talitres justifie à elle seule l’article qui lui est ici consacré, c’est avant tout sa qualité, jamais prise en défaut, qui lui vaut ces quelques lignes.

De son parcours déjà conséquent, et des collaborations qui l’ont jalonné, David Sanson tire un sens de l’ambiance aiguisé, une capacité affirmée à élaborer des trames chatoyantes, vives ou plus posées. Et de son intérêt initial pour la cold-wave, ces plages animées par une basse en relief, perceptible dès l’excellent April skies qui ouvre les festivités. On pense sur ce titre au meilleur de Brachko, sur son The man with the hammer, et David, s’appuyant sur une formule “groupe” qui l’amène à un contenu plus acéré que sur ses essais précédents, mêle rock franc et mélodies soignées avec une belle maitrise. Maitrise qui se confirme sur Mimir, fin et élégant, taillé dans une pop-rock gentiment assombrie, le tout sur un rythme alerte.

De plus, les choeurs, magnifiques, accentuent le pouvoir de séduction de ce second morceau dont la teneur fait de l’entrée en matière de Near Miss un must absolu. Une belle sensibilité pop vient se greffer à des éléments issus du courant cold-wave, l’urgent The hues of you en apportant l’instant d’après l’irréfutable et impeccable preuve, par le truchement d’une délicatesse vocale alliée à une instrumentation plus malsaine, plus déviante.

Passé ces trois morceaux irréprochables, That Summer a le bon goût de nous amener à un cheminement différent, et tout aussi concluant, sur Obviously, d’abord posé puis perturbé par des zébrures noisy auxquelles succèdent des plages calmes, au rythme tranquille et à l’étoffage musical somptueux. Les explosions sonores, associées bien sur à une voix doucereuse et pleine de sincérité, contrastant avec la sérénité de ce qui les précède pour un rendu à nouveau accompli.
On revient ensuite à un rock dur et acéré (The angelhood), aux guitares offensives, mais jamais dénué des mélopées dont le groupe a le secret et qui, combinées à des atours musicaux divers et souvent vifs, font de l’album en présence un incontournable de cette fin d’année.

Ghost tracks, au format plus long, développe ensuite une atmosphère faussement tranquille, troublée par des sons brefs et aussi obscurs qu’agréables à l’écoute, et une grâce digne du talent et du savoir-faire de son auteur. De surcroît, cette composition étaye le propos de That Summer, jamais figé, et crédibilise d’autant plus ce nouvel album, dont la pochette incite à elle seule à, la découverte immédiate de son contenu.

Suite à cela, une reprise significative, quant aux goûts et orientations de la formation francilienne, du All cats are grey de The Cure, se profile et apporte un surplus de “splendeur bancale” à l’ensemble, séduisant au possible et qui trouve dans cette ré-interprétation de choix, respectueuse mais délibérément personnelle, un complément conséquent. Complément que Chapel 16, sobre et épuré, étoffe lui aussi sans faiblir un instant, captivant par son côté songeur et détaché.

Enfin, et passé un interlude fait…de silence, Karl-Marx Avenue réitère une avancée posée mais jamais entièrement sereine, exemplaire dans ce non-choix entre les attitudes, porteuse d’une dualité vocale marquante et de guitares aussi brèves que mordantes, qui met un terme à ce Near Miss dont les dix titres se hissent sans efforts au niveau des sorties hexagonales les plus convaincantes du moment.