Sheraf – No gatecrasher

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A l’initiative de Sheraf se trouve, comme pour Boy and the Echo Choir, une seule et même personne; il s’agit ici de Raphaël Campana, qui s’entoure lui aussi de musiciens issus de formations aux productions de qualité: Côme, Tokyo Overtones ou Radiosofa, pour faire court et rendre compte de la valeur des participants. Et comme pour Boy, le résultat est de toute beauté, plus énervé toutefois sans négliger la douceur pop qui en parcourt les principaux moments.

Les morceaux sont, à l’image de l’entrée en matière (un superbe No gatecrasher suivi de ce Golden stars tout aussi sombre et délicat, mais zébré avec magie par des sonorités plus “piquantes), souvent posés, mais It’s my home apporte l’énergie rock qui vient parfaire l’oeuvre du havrais. On se régale de l’acidité des guitares, de ce crachin noisy avenant, des mélodies vocales sucrées ou plus remontées, avant de retomber sur Magnolia dans un climat troublé, inquiet, mais nettement plus posé.

C’est aussi le cas sur The light, mais on sent en arrière-plan une tension que Campana modère et tente d’étouffer, et atténue par le biais d’instrus de toute beauté, aussi peu excessifs, aussi judicieux que chez Boy et ses acolytes. Et quand il laisse libre cours à un allant pop plus marqué (Take your hopes high), le rendu s’avère aussi brillant que dans les moments apaisés. Mélodiquement, dans la sincérité qui s’en dégage et dans le savoir-faire qui ne émane, No gatecrasher tutoie les cimes, et le titre suivant, un Jewel II digne des rouennais de Dirge, étoffe superbement, par sa ligne vocale et la nature de son décor sonore, la dizaine de titres offerts par Sheraf. Il offre de surcroît un seconde partie endiablée absolument irrésistible, rock à souhait, rythmée et incoercible, qui fait mieux que de confirmer la bonne tenue de l’album.
La douceur reprend ensuite ses droits sur Shilly shally, aux parties acoustiques magnifiques, teinté d’une électro discrète et bien distillée, puis sur Black days, dont la seconde partie, comme pour Jewel II, s’emballe et alterne entre vigueur et retenue, accentuée et magnifiée par des claviers très présents.

Enfin, Don’t get around me, lui aussi animé par des séquences electro façon Radiohead sur ses derniers efforts, effacées mais que l’on ne peut que remarquer et dont on ne peut nier l’apport, conjuguée à la jolie voix  de Marielle Martin, finit sur une note non moins réjouissante un opus aux airs de belle surprise de rentrée. S’agissant de plus d’un artiste peu connu, de la catégorie de ceux qui,  incontestablement, gagneraient à l’être. Avec pour seul bémol, s’il faut en évoquer un, une retenue peut-être trop fréquente dans ses titres, tant on sent que Raphaël Campana possède le talent nécessaire à séduire même dans les moments les plus mordants, les plus ouvertement rock.