Certain general – Stolen car

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Voilà un groupe dont je n’avais jusqu’alors que…lu le nom, ne lui soupçonnant pas, loin de là, une telle longévité, ceci en me doutant, vu le label hébergeant Parker Dumany et ses musiciens, que le rendu de ce nouvel album vaudrait le détour.

C’est bien évidement le cas et ce groupe, né lors des early 80’s et très bien accueilli au sein de notre pays (si si…), invente presque un style que sa bio situe entre Television, Sonic Youth et The Birthday Party.
Si cette “définition” cite de grands noms, il importe de dire que d’une part, c’est parce que le trio évoque avec brio, bien ingurgitées, ces glorieuses “influences”, et que d’autre part, le résultat atteint un niveau digne de chacune d’entre elles.

Avec l’appui, sur  quelques titres, du saxo de Robert Aaron (Bowie, James Chance, les toulonnais de Hifiklub dont l’étincelant dernier album, How to make friends, est paru récemment sur Le Son du Maquis), Certain General signe un album entre dépaysement datant de 1982 et superbement relooké (Hello my God, superbe entrée en matière, fiévreuse, incantatoire et simultanément élégante et débraillée, hantée par ce sax ample), morceau souple et massif aux relents noisy (Circus everywhere), et moments de classe pop-rock absolue, sensible et magnifiquement chantée (In the park).
Ces trois premiers morceaux suffisent à rendre compte de l’ampleur, de l’étendue du talent de Dumany, Gammage et Tooley, qui réalisent, sur chaque titre, un festival et administrent, en briscards qu’il sont, une sévère leçon d’inspiration, et d’authenticité, d’identité aussi, aux plus et moins jeunes.

Le post-punk de Windup toy, par exemple, implacable, puis le saccadé, très Birthday Party Stolen car, aux choeurs virils et guitares griffues, et le rock légèrement new-wave de Goodbye kisses, bénéficiant de l’intervention d’Aaron, ainsi que ce All my movies posé et poignant, font de ce retour un incontournable tous styles confondus. Elégance et force de frappe voisinent, ou s’acoquinent, des sons inédits (New politican) s’invitant à la fête, sombre et enjouée. Sur ce morceau, on a droit à une envolée guitaristique à la fois “wild” et pleine de feeling, le rythme s’emballant pour ensuite revenir à un groove presque funky. Il y  a du Nick Cave, c’est sur, dans ses heurts entre mélodies et attitude plus déviante, dans ces voix veloutées et bagarreuses, et l’on y trouve le bruitisme de Sonic Youth, retenu, plus la classe mélodique d’un Television, la définition issue de la bio se justifiant tout à fait.

On pense aussi à Iggy sur le rythmé Properties of light, noisy, incoercible, Certain General faisant ensuite dans le plus émotionnel sur One of your kind, où les choeurs de Kristina Sedito font merveille.
La réussite est totale, continuelle, d’autant que se profile Heathcliff skies, essai abouti de positionnement entre mélodies pop et rudesse rock bridée, et au final, dans la cohérence et selon un panel personnel et singulier, Certain General frappe un grand coup.
Ce n’est surement pas Cemetary row, aux guitares attractives en introduction, doucereux dans le chant, ni Emily, aux six-cordes cette fois fines, aux motifs chatoyants, Dumany y allant une fois encore de sa divine intervention au micro, avec son break noisy et lancinant, qui démentira mes propos et mon enthousiasme.

Au contraire, on a l’impression, au gré des écoutes successives, de découvrir et redécouvrir cet album, incandescent, riche et portant sobre, étincelant jusque dans ses moindres recoins.

Superbe album, point à la ligne, et superbe (re)découverte à faire toute affaire cessante.