Mother Mother – O my heart

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Evènement appréciable que la sortie européenne de ce second album du quintet canadien Mother Mother (deux filles, trois mecs) sur un label abritant entre autres Tiga, Metric, Boys Noize et surtout Magneta Lane.Si cette appartenance laisse augurer d’une qualité prévisible, le “buzz” autour du groupe suscite toujours, pour le scribe méfiant que je suis et resterai, un circonspection à la limite du négatif.

A l’écoute, les ressortissants de Vancouver lèvent partiellement mes doutes en signant un bon paquet de titres frais et concluants, le tout dans une variété aussi approuvée que nécessaire quant  à la durabilité du rendu. Entre pop-rock énergique (O my heart en ouverture, très bon), pop tarabiscotée et bien ornée (Burning pile), et réminiscences Breeders/Pixies drapées dans de atours cold (Body of years), l’entrée en matière porte bien haut le flambeau d’un groupe très en verve, qui n’a certes pas inventé la poudre mais affiche suffisamment de savoir-faire pour s’imposer sans tarder. Et même les élans folk de Try to change, étincelants, sont à porter au crédit de ce dernier, qui swingue avec panache sur Wisdom et ses mélodies soignées. Le sixième morceau, un Body acidulé, saccadé et faisant appel à des synthés (à moins qu’il ne s’agisse d’un violon, les “exercés” en parleront mieux que moi…) avenants, apportant sa touche à un disque jusqu’alors convaincant.

On se demande alors si Mother Mother saura tenir la cadence jusqu’à la fin de son oeuvre; on l’espère même, le côté “déjà dit” de son propos n’étant pas loin de ternir la valeur de ses compositions.

Eh bien Ghosting, fin et mélodieux, nous remet d’emblée sur les bons rails, Hay loft et son rythme débridé prenant le relais avec brio, soutenu par des guitares volubiles et un chant peu commun, très attractif. Il en résulte une chanson entre dance déviante et post-punk enjoué, qui outre sa qualité, apporte autre chose au registre séduisant mais maintes fois pratiqué des Canadiens. Puis Wrecking ball et ses jolies harmonies vocales, alliées à des cassures de rythme bien pensées, est lui aussi à la hauteur.
On aimerait juste un surplus d’énergie, un ou deux titres un peu plus pétaradants, en dépit de l’agréabilité de Arms tonite (ces voix féminines sont décidément diablement chatoyantes), et du décor sonore sobre et gentiment spatial de Miles. Sleep awake, posé et doté d’une acoustique bien secondée par des élans électriques…forcément bienvenus, mettant fin à ce O my heart plutôt réussi.

Subsiste néanmoins, passé l’écoute, un sentiment d’inachevé, de manque d’audace, malgré la bonne tenue de l’ensemble, et le regret du peu de titres délibérément rock à se mettre entre les écoutilles. Le disque posant également la question de sa durabilité, compte-tenu, il faut le dire, de son côté “classique”…