Leo (88man) – From speaking parts to blazing rows

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Originaire du Nord/Pas de Calais, Leo (88 man) sort en ce mois d’avril son troisième album, sous l’égide, après deux autoproductions, de l’excellent label nantais Kythibong.

Ce dernier, fort d’un catalogue éclectique et de qualité, apporte par le biais de cet album folk scintillant la preuve de cette indéniable valeur, Léo, Dudy Ruby et Pierre Marolleau livrant dix perles folk scindées en deux faces; l’une acoustique, l’autre électrique. Musicalement, la trame est soignée, magnifique, le premier titre, Naked (c’est un peu ce à quoi s’adonne le trio sur son opus, la mise à nu, en offrant des morceaux dépouillés, aussi attrayants que sobres dans leur enrobage sonore), nous mettant d’emblée sur les bons rails, celle d’un folk orné de cordes avenantes.Locked groove, délicat, porteur de jolis violons, confirme cette entrée en matière doucereuse et sans fautes, avant que Focus, à la vêture musicale encore une fois remarquable, gentiment souillée par un arrière-plan noisy/lo-fi, ne vienne s’ajouter à la liste des réussites décelables sur ce From speaking parts to blazing rows.
L’acoustique de cette première face, si elle demeure sage et “polie”, se pare des plus beaux atours et ses deux derniers morceaux, Dry out et Typing papers, en confirment l’excellence tout en exhalant des guitares fines et parfaitement en phase avec l’ensemble. Ce dernier haussant en outre légèrement le tempo sur fond de…cuivres, si je ne m’abuse, superbement dérangés.

Place donc à la face “électrique”, ensuite, avec d’entrée de jeu un Speaking parts un ton au dessus dans l’énergie, sur lequel on retrouve les embardées lo-fi diablement plaisantes du trio, puis ce  pop-rock, mâtiné de folk évidemment, alerte et doté de mélodies marquantes. L’instrumentation, large, fait cohabiter instruments rock et outils moins conventionnels avec brio, et Surrounded by ideals, dans la retenue, un poil bluesy, évoque les strasbourgeois de Kat Onoma dans leurs élans jazzy-bluesy, après un The Fields guilleret et lui aussi bien  exécuté; c’est dire la tenue de l’opus en présence. Di corsa, basé sur un poème de Jacopo Andreini, met ensuite en valeur l’organe vocal de Chiara Locardi, chanteuse de l’Enfance Rouge, groupe très “mondial” dans son attitude et à l’univers noise-rock lettré et superbe.

Même les collaborations sont donc de choix et abouties, le chant narratif et songeur de Chiara s’alliant à un climat dont la répétition génère une semi-dépendance surprenante. Avec, en plus de cela, l’intervention d’un duo de cordes et de Pierre Marolleau (les excellents “noiseux” de Fordamage), il va sans dire que le résultat ne souffre aucune critique négative, d’autant qu’il prend fin sur un Make tracks de toute beauté, à la fois intense et serein, la voix de Léo, étincelante, d’une grande sincérité, produisant son effet en s’associant avec des instruments d’abord bridés puis plus offensifs sur la fin du titre.

Et Leo (88 man) signe avec ce disque flamboyant un oeuvre majeure, dont on espère qu’elle lui apportera une reconnaissance à la hauteur de son talent.