A Man & a Machine – 02

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1924

Enième audace stylistique signée Le Son du Maquis, A Man & a Machine, volume 2, prolonge superbement le premier tome pour évoquer la suite de ce mouvement électro foisonnant ayant fait suite à la vague punk, dont il faut dire qu’elle eut le mérite, outre ses groupes et albums désormais légendaires et le mode de vie qui en découla, d’engendrer d’autres formes musicales dont celle retracée en ces lignes n’est forcément pas des moindres.


 


Divisée en deux faces, l’une “cold” pour la première et “warm“pour la seconde, elle regroupe les “locomotives” du mouvement (Suicide et son innénarrable Ghostrider, Cabaret Voltaire, Simple Minds, Talking Heads etc…) et nombre de formations plus énigmatiques, au milieu desquelles on trouve, superbe, le duo cold Kas Product, issu de Nancy, formé par Spatsz et Mona Soyoc. La palette musicale est large et retrace fidélement, et magnifiquement, cette épopée. Des raretés de taille nous sont offertes (Autumn, Jeff and Jane Hudson…) et côté français, l’accent est mis sur Kas Product bien sur ( les génialement cold Never Come Back et Crash, un sur chaque face), Charles de Goal (un Radio on mécanique, excellent), mais aussi Polyphonic Size et Moderne, “découvertes” significatives comme le label en sert régulièrement, que ce soit dans ses recueils (Berlin 61/89, par exemple), ses “réapparitions” (Bettina Koester et son énorme Queen of Noise) ou ses albums actuels (Risqué et son Tie me up, tie me down).


 


Passé donc la torpille signée Rev et Vega qui ouvre le bal, les occasions de s’enthousiasmer sont nombreuses, avec d’emblée un Shriekback qui nous refile Accretions, titre post-punk funky dans le refrain, absolument magistral et cold comme on aime. Des pépites telles que celle-ci, il y en a ici à foison, dès Coitus Interruptus, merveille signée Fad Gadget, et l’on se réjouit de retrouver P.I.L. et son Careering obscur, froid et martial, ou encore The Human League dont le The Black Hit Of Space saccadé complète la palette sonore de l’objet avec brio.


On pourrait facilement mentionner chaque titre présenté par le digipack, aussi soigné que son contenu se veut indispensable, et la face “warm” souffle elle aussi le chaud…et le froid avec maestria, d’autant que Yello, avec un Take It All court et spatial, suscite d’entrée de jeu l’envie d’en entendre plus, et qu’on se heurte ensuite aux Talking Heads et à leur Houses in Motion fait d’un funk hybride et dépaysant, irrésistible. Autumn prend le relais avec son Synthesize new-wave lui aussi superbe, initiant la grosse dizaine de titres indispensables qui vont suivre. Logic System, au rayon des surprises, impose un Talk Back dansant, froid, cela va de soi, doté de guitares éparses mais nerveuses et acides, tandis que Chris And Cosey brode une trame céleste, à base de nappes de claviers sobres et obsédantes et se basant sur une voix songeuse et envoûtante. Puis Unknowmix, fort de basses dansantes et…cold ainsi que d’un chant masculin-féminin attrayant, et de gimmicks de synthé encore une fois décisifs, apporte sa contribution, considérable, à ce fier ensemble.


On retrouve aussi les Belges de Front 242 (Geography et son rythme électro parsemé de petits détails sonores bien sentis et porteur d’une ambiance sombre “illuminée”, justement, par ces sons remarquables, la voix accentuant, elle, le côté froid du morceau), Goûts de Luxe surprenant ensuite son monde, au milieu de cette multitude de pépites, avec son Last Train entrainant et qui, à l’image de la totalité des titres audibles sur cette compilation, utilise les machines avec une dextérité étonnante, pour un résultat déviant, notamment au regard de l’époque concernée, et novateur.


 


Avec, ajoutées à cela, le World Raw de Paul Haig, décharné, presque robotique, ou, en fin de face” cold”, Pere Ubu et son Blow Daddy-O, il est bien évident que cette collection dédiée aux formations “machinisées” constitue un objet indispensable, truffé de morceaux de référence, au même titre que le premier volume. Et qu’à l’issue de l’écoute, ou plutôt des écoutes, nous irons fouiller fiévreusement dans la discographie de ces groupes connus ou plus confidentiels avec l’assurance d’y faire de superbes découvertes.


Superbe disque.