Plastiscines – About Love

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Si l’avènement d’une “nouvelle scène” parisienne avait rendu nombre de ressortissants du circuit rock sceptiques, la qualité des productions qui en émanaient s’avérant au final bien éloignée des articles dithyrambiques qui les décrivaient, et les prestations scéniques des Naast, BB Brunes et autres Shades (pour faire court) rassurant à peine sur le potentiel des groupes concernés, ce constat n’empêche toutefois pas la lucidité. Et au moment ou sort ce second album des Plastiscines, force est de constater, au vu de son contenu, qu’il y a bel et bien de la qualité dans cette scène pouvant  de prime abord apparaitre (la faute à la presse?) comme fabriquée et destinée avant tout à remplir des pages blanches.

Parties enregistrer aux Etats-Unis, les quatre parisiennes sortent en effet avec ce About Love l’album qui pourrait non seulement mettre tout le monde d’accord sur la nature et la crédibilité rock du quatuor, mais aussi crédibiliser ce panier de crabes parisien tout en appelant à des productions futures, de la part de leurs “collègues”, convaincantes sur la durée et non plus l’espace de deux ou trois titres. Une belle énergie, et une certaine inspiration malgré son apparente simplicité, sont de mise et, combinées aux mélodies à la fois délibérément 60’s et sucrées, vigoureuses et percutantes, des Plastiscines, débouchent sur une douzaine de morceau dont très peu se situent en deçà de la moyenne, la plupart d’entre eux étant même excellents et franchement enthousiasmants.
Ca débute d’ailleurs très fort avec un I Could Rob You de belle facture, introduit par une batterie galopante et des riffs tranchants, auquel succède un Barcelona qui met en exergue les mélopées de bon goût, étayées par les guitares une fois encore tranchantes de Marine et Katty, de cette dernière. Avec en plus de cela des choeurs aussi attractifs que ces éléments déjà décisifs, on obtient là un début d’album en boulet de canon. Et ce niveau élevé dans la qualité, les filles vont le maintenir jusqu’aux dernières notes de leur nouvelle réalisation, Bitch, qui arrive en troisième position, se montrant aussi abouti que ses prédécesseurs, par le truchement d’une basse très présente dès l’introduction, avec, comme de coutume, la voix enlevée de Katty, ces guitares décidément performantes, les choeurs marquants et une batterie affirmée au diapason de ce fringuant recueil de morceaux rock assez typiquement américains.

On pense à Veruca Salt (la ressemblance avec Louise Post et Nina Gordon étant ici loin de ne concerner que l’aspect physique des intervenantes) , aux Donnas et à cette cohorte de girls band de 60’s, ou encore, dans un domaine plus local, aux Candie Prune venues de Rennes et ayant marqué le paysage rock français des 90’s avec leur album frais et énergique (Saholy, si tu me lis, sache que la comparaison est ici toute à ton honneur). Et on se régale, il faut bien le dire, à l’écoute ce des titres spontanés, même ceux interprétés en Français (un Camera incoercible, c’est justement celui qui me rappele Candie Prune, et un Pas Avec Toi alerte et “riffant” comme il le faut) passant particulièrement bien. On est loin des passages à vides du premier effort des demoiselles et c’est à une multitude de titres tubesques, déniaisés, qu’on a ici affaire. From Friends To Lovers, irrésistible, avec ses breaks gratte-batterie révélateurs de la cohésion trouvée par le groupe, attestant de cela, de même que ce Time To Leave plus apaisé (quoique..), seul I Am Down, banal sans être mauvais, prêtant le flan à d’éventuelles critiques.

Qu’à cela ne tienne, les filles retrouvent toute leur verve sur Another Kiss et Runnaway, superbes exemples de leur habileté à faire cohabiter puissance et mélodies, et sur le You’re No Good de Clint Ballard Jr dont la version Plastiscines se situe dans l’exacte lignée de About Love.
Puis arrive enfin le troisième et dernier titre chanté en Français, Coney Island, un poil moins complet que le reste, mais qui trouve pourtant parfaitement sa place au sein de cet ensemble de haute volée.

Pour conclure, les Plastiscines frappent un grand coup et remettent les pendules à l’heure (même les miennes, c’est dire…) en signant un excellent album qui, s’il n’invente rien, dévoile un groupe au sommet de sa forme et qui fait ce qu’il aime avec sincérité, avec un allant époustouflant aussi, pour un rendu épatant au son lui aussi clinquant et idéal.