Dogma – IMAAMMATCO

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Il est parfois bon de donner un petit coup de pouce aux artistes locaux et régionaux, et c’est ce que je m’attache à faire dès lors que je “découvre” une formation méritoire et dotée d’une identité forte, ou tentant avec habileté de se démarquer de ses nécessaires (dans un premier temps) influences.


C’est donc le cas avec DOGMA, trio creillois qui en arrive ici à son premier album, après s’être fait la main sur scène à de nombreuses reprises (Déportivo, Eiffel, Laphaze, No One Is Innocent, Experience ou Silmarils étant parmi ses “compagnons de scène” les plus réputés).


D’une part, ce disque attire par sa présentation (digipack de taille conséquente, orné de très jolies photos), et par la façon dont il a été conçu (une face gravée et l’autre, la “face 2”, téléchargeable sur le site du groupe).


Partant de cet attrait, on se met alors en tête de découvrir le disque et là…l’attirance générée par l’objet se confirme, les trois comparses faisant preuve d’une maitrise évidente et qui donne lieu à de très bons morceaux.


Dès “Imaamatco“, le titre d’ouverture, bruitisme initié par les guitares et percus électro-indus créent une trame acide et décalée qui ouvre les débats de manière originale et sans concessions.


Passé ce morceau marquant, “Maintenant je sais” déboule, portant un chant en français…qui parvient par son côté enfièvré et entraînant à nous faire oublier qu’il s’agit…de notre langue justement, un rythme trépidant et des guitares fracassantes, inspirées, venant asseoir la valeur de ce second titre remuant et joliment sonique. Si l’influence de Muse se fait sentir, elle est, heureusement, bien maitrisée et se double de sonorités proches des PIXIES bienvenues. Et sur “Alice“, le trio nous montre son habileté dans un registre légèrement moins emporté et aussi exaltant, toujours orné de sonorités décisives et bien trouvées.


C’est ensuite le côté plus massif qui est mis en exergue sur “Abysses“, dont l’alternance entre légereté et parties assénées fait merveille, avant que “Mr Falk“, instrumental assez court, moins marquant mais instaurant une certaine intrigue, ne coupe le flot de ces morceaux percutants et bien exécutés.


Magie” donne ensuite du crédit à l’attitude posée des picards, bien que ce calme ne soit qu’apparent, troublé qu’il est par la présence d’un rythme répétitif et obsédant, qui menace de rompre en restant toutefois sur sa position.


Apache earth“, chanté en Anglais, part ensuite dans des envolées vocales et rythmiques bien senties, puis “Temple spirit” met en scène un climat “entre deux eaux”, qu’on sent sur le point de rompre, d’exploser…ce qui se produit peu de temps après par le bais d’un magma percussif génial, tribal et dépaysant.


On se relève à peine de ces morceaux qu’arrive “Ce que vous attendez de moi“, rock à l’extrême et rageur dans le chant, qui apporte une formidable énergie à un album qui en était déja largement doté, cette vigueur prenant sur ce disque des atours variés et très souvent attrayants.


Super morceau donc, auquel succède “Octammaami“, instru lourd à souhait au départ, mais qui part dans des accélérations formidables et exhale un esprit noisy digne de SONIC YOUTH.


Puis, en guise de bonus track, on a droit à un autre instrumental électro-noise saisissant et dépaysant, qui conclut cet album sur une note à l’image du groupe: originale et diablement convaincante.


Après cela, après ces onze titres d’un niveau inespéré, il nous reste les plages de la “face 2” à se mettre sous la dent, sept titres venant prolonger les réjouissances.


C’est “Uid” qui ouvre le bal, batterie puissante et guitares déchirées menant la danse et instaurant un climat indus aussi délectable qu’hypnotique, les voix samplées s’avèrant être d’un apport non-négligeable, puis “Shadows of the tan tan club“, électro minimaliste, saccadée et tourmentée, bruitiste aussi prend le relais avec brio. Impressionnant!


La version garage de “Abysses“, crade dans le son et donc jouissive à l’écoute (guitares “dirty” à souhait), enfonce définitivement le clou, la “part two” de “Temple spirit“, version longue consacrant celui-ci en imposant une atmosphère mystico-tribale splendide et basée sur des percussions et des voix, issues de je ne sais quelle contrée, mémorables.


Arrive ensuite “Screamin” et ses voix cinématographiques, indus et saccadé (on pense ici au Ministry des débuts), et qui vient s’ajouter à une liste déja longue de réussites éclatantes, et “Octammaami (first roots version)“, qui instaure le même type d’ambiance et séduit donc avec la même immédiateté, tout en se fendant d’embardées noise du meilleur effet suivies d’accélérations rythmiques de bon aloi.


Enfin, c’est à “39 steps” que revient l’honneur de conclure sur un effet psyché et sonique court et qui, par son côté déviant et échappant à tout schéma défini, résume bien l’esprit et le contenu d’un disque époustouflant, dont il faut faire l’effort de s’imprégner mais qui dès lors qu’on en a pris la mesure, s’avère précieux et de superbe facture.


 


 http://www.myspace.com/dogmaland  


 


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