Ile de Grade c’est trois filles, de Rennes. On est bien parti. Et plus encore quand on apprend qu’avec elles, la synth-wave en mode -mais pas à la mode- batterie/claviers/spoken word est de mise, colorant ombrageusement ce savoureux Rage Blossom. Une des dames assure le show, en telle ou telle langue c’est selon. Elle a pour nom Klara Coudrais. Une autre, Cécile Aurégan, trame aux synthés des bazars envoûtants. Enfin la troisième et non des moindres, Morgane Poulain, bastonne sa batterie et ça s’entend, mais notez bien que sa frappe se vaut, multiple. Y’a de quoi faire comme dirait l’autre, on en prend bonne note avec l’ouvrant Fear the sun. Synths étoilés, drumming vif un peu en retrait, chant parlé saisissant. Le style se démarque, un break l’emmène encore ailleurs. Ayé j’adore. L’humeur est variable, la qualité invariable. Homicide volontaire, de son histoire tragique, fait lui aussi mouche. Il rue, se saccade, la diction elle aussi change. Il y a du relief là-dedans, un refus du lisse qui engendre des aspérités. On écoute, jusqu’à son terme, la narration volubile.
Un peu plus loin To Death, cavalcade-estocade, perpétue l’approche d’ Ile de Garde. Rageusement, tempérée par les synthés. Les lyrics en « word-dropping » surprennent, il va sans dire que ce trio ravira l’auditeur de marge. C’est mon cas, nul besoin d’être devin pour l’avoir capté. The Ageless Woman, où j’entends une forme de new-wave « tchatchée » avec marque, calme le jeu. Aérien, il instaure un trip. Et s’emporte, tantôt, parce qu’ Ile de Garde ne tient pas en place. On s’en réjouit, Birthday Girl (Feat Kuntessa) m’évoque un peu Vox Low. Trop bon. La pochette idem. A Birthday Girl (Feat Kuntessa) je reviens, sa féminité opère. Il trace des volutes, on s’en amourache à l’immédiat. La fin percute, azimutée. Excellent. L’heure est venue mais point grave, repus nous sommes. Boy, pour conclure, s’en charge dans le lent. Il en devient immersif, Closer de nous, et son texte a de la dégaine. Là aussi la fin s’agite, laissant derrière elle une série de six qui mérite dix.

©Marie Monteiro
